Pression statique d’un gainable : calcul des pertes de charge

Le Guide du Chauffage · Théorie

Pression statique d’un gainable : calculer les pertes de charge du réseau

Un gainable ne souffle son débit nominal que si son ventilateur vainc les pertes de charge des gaines, des bouches et de la reprise. Calculez la pression que demande votre réseau et le réglage de pression statique à appliquer.

  • Pression statique disponible
  • Pertes de charge
  • Calculateur intégré

1La pression statique disponible d’un gainable

Un gainable (climatiseur ou pompe à chaleur air/air caché dans un faux plafond ou des combles) souffle l’air dans les pièces par un réseau de plénums, de gaines et de bouches, puis le reprend par une ou plusieurs grilles. Pour faire circuler cet air, son ventilateur crée une différence de pression entre la reprise et le soufflage.

Cette pression se décompose en deux parts :

  • la pression dynamique, liée à la vitesse de l’air : environ 5 Pa à 3 m/s et 10 Pa à 4 m/s ;
  • la pression statique, celle qui pousse l’air à travers les obstacles du réseau.

La pression statique disponible (PSD, ou ESP en anglais) est la pression que le gainable fournit à l’extérieur de l’appareil, à son débit nominal : ses pertes internes (batterie, ventilateur, filtre d’origine) sont déjà déduites. Tout ce qui est raccordé au gainable, au soufflage comme à la reprise, doit tenir dans cette pression.

Unité intérieure gainable de climatisation réversible
Unité intérieure gainable : son ventilateur doit vaincre les pertes de charge du réseau.
Pression totale = pression statique + pression dynamiquePression dynamique = ρ × v² ÷ 2 (ρ = 1,2 kg/m³) · 1 mmCE ≈ 9,81 Pa

Pression nominale

Le réglage d’usine. Il suffit pour un réseau court, avec peu de coudes et une reprise proche du gainable.

Pression maximale

Le plus haut réglage possible. Entre les deux, la pression statique se règle sur le gainable à la mise en service.

Au-delà

Si le réseau demande plus que la pression maximale, le gainable ne fournit plus son débit : il faut revoir le réseau ou choisir un appareil plus puissant.

Famille de gainableUsageDébit d’air courantPression nominalePression maximale
Extra-plat (basse pression)Une à trois pièces, réseau court400 à 1 000 m³/h10 à 40 Pa30 à 50 Pa
Moyenne pressionMaison entière, plénum et zonage600 à 2 200 m³/h30 à 50 Pa100 à 150 Pa
Haute pressionGrands logements, tertiaire, réseaux longs2 000 à 4 500 m³/h50 à 100 Pa200 à 250 Pa

Ordres de grandeur relevés dans les catalogues des fabricants (Daikin, Mitsubishi Electric, Atlantic, Toshiba…). La pression disponible exacte figure dans la documentation technique de chaque gainable.

2Calculez la pression statique de votre réseau

Pertes de charge et réglage du gainable

Une ligne par bouche de soufflage et par reprise. La branche la plus résistante est surlignée en orange.

1. Le gainable

2. Le soufflage

3. La reprise

Perte de la reprise : grille et filtre propre de l’ensemble (valeur moyenne selon le débit, modifiable), gaines et piquages. En orange : la bouche et la reprise les plus défavorables.

Soufflage—plénum + bouche la plus défavorable
Reprise—reprise la plus défavorable
Pertes de charge du réseau—pression à fournir
Réglage conseillé——

Calcul indicatif : pertes linéaires par la formule de Darcy-Weisbach (rugosité 0,9 mm en gaine souple, 0,15 mm en conduit galvanisé), coudes à 90° ζ = 0,8 en souple et 0,3 en rigide, piquage ζ = 0,5. Pour un projet, vérifiez les pertes des bouches, plénums et filtres dans la documentation de leurs fabricants.

3Les pertes de charge du réseau aéraulique

Chaque élément traversé par l’air lui oppose une résistance : la pression baisse tout au long du parcours. Ces pertes de charge se mesurent en pascals (Pa) et s’additionnent du début à la fin du chemin parcouru par l’air.

Pertes linéaires

Le frottement de l’air sur la paroi, proportionnel à la longueur. Elles dépendent du diamètre, de la vitesse et de la rugosité de la gaine.

Pertes singulières

Coudes, piquages, réductions : chaque changement de direction ou de section crée des tourbillons qui consomment de la pression.

Éléments du réseau

Bouches, plénum et registres, grilles et filtres de reprise : leur perte de charge est donnée par le fabricant, selon le débit.

ΔP = λ × (L ÷ D) × ρv²/2 + Σζ × ρv²/2Pertes linéaires sur la longueur L, puis pertes singulières (coefficient ζ : coude à 90° 0,8 en gaine souple, 0,3 en conduit rigide).
Le débit compte au carré : les pertes de charge varient à peu près comme le carré du débit. 20 % de débit en plus donnent environ 40 % de pertes en plus. Le diamètre pèse encore davantage : à 290 m³/h, une gaine souple Ø200 perd environ trois fois moins qu’une Ø160.
DiamètreDébit à 4 m/sSouple tendueSouple, pose couranteRigide galvanisé
Ø125175 m³/h2,8 Pa/m4,2 Pa/m2,0 Pa/m
Ø160290 m³/h2,0 Pa/m3,0 Pa/m1,5 Pa/m
Ø200450 m³/h1,5 Pa/m2,3 Pa/m1,1 Pa/m
Ø250700 m³/h1,1 Pa/m1,7 Pa/m0,8 Pa/m
Ø3151 120 m³/h0,8 Pa/m1,3 Pa/m0,6 Pa/m

Pertes linéaires à la vitesse maximale conseillée en gaine souple (4 m/s), air à 1,2 kg/m³. À 3 m/s, elles sont environ 1,7 fois plus faibles.

Gaine souple ou conduit rigide

La gaine souple est rapide à poser, mais ses spires la rendent bien plus rugueuse qu’un conduit lisse, et chaque ondulation ou écrasement ajoute des pertes. Un coude à 90° en gaine souple coûte autant que 2 à 3 m de gaine. Exemple pour 13 m en Ø160 à 230 m³/h (3,2 m/s), pertes linéaires seules :

Rigide galvanisé13 Pa
Souple tendue17 Pa
Souple, pose courante25 Pa
Souple, pose médiocre34 Pa
Cause n° 1 des débits insuffisants : des gaines souples trop longues, détendues ou écrasées entre les solives. Bien tendues, elles perdent deux fois moins que mal posées.

4Le chemin le plus défavorable

L’air part de la pièce, traverse la reprise et le gainable, puis rejoint les bouches de soufflage. Les éléments placés en série s’additionnent. Les bouches, elles, sont en parallèle : leurs pertes ne s’additionnent pas. Le ventilateur doit seulement satisfaire la branche la plus résistante, en général la plus longue ou celle qui a le plus de coudes.

Pression à fournir = soufflage le plus défavorable + reprise la plus défavorableSoufflage : plénum et registres, gaine et bouche · Reprise : grille et filtre, gaines et plénum de reprise.
Profil de pression le long du chemin le plus défavorable : la reprise met l’entrée du gainable à moins 16 pascals, le ventilateur remonte la pression de 74 pascals, puis le plénum, la gaine et la bouche la ramènent à celle de la pièce. Pression de la pièce +60 +30 0 −20 −16 Pa +58 Pa Ventilateur : + 74 Pa Grille + filtreGaines repriseGainablePlénumGaine Ø160 · 13 mBouche
Exemple : gainable de 1 740 m³/h, bouche la plus défavorable à 230 m³/h en gaine souple Ø160 de 13 m avec 2 coudes, reprise courte et largement dimensionnée. Le réseau demande 74 Pa : 58 Pa au soufflage et 16 Pa à la reprise.

Équilibrer les branches

Les branches plus courtes que la branche défavorable disposent d’un excédent de pression : sans réglage, elles reçoivent trop d’air et les pièces éloignées pas assez. On les freine avec les registres du plénum ou des bouches réglables. Avec plusieurs reprises, le débit se répartit de lui-même pour que chacune ait la même perte de charge : la plus grande grille reprend le plus d’air.

Plénum motorisé (zonage) : le réseau change quand des registres se ferment. Il se calcule toutes zones ouvertes ; la régulation de zonage adapte ensuite la vitesse du gainable au nombre de zones en demande.

5Point de fonctionnement et réglage du gainable

Comme pour un circulateur de chauffage, le débit réel se trouve à l’intersection de deux courbes : celle du ventilateur, qui dépend du réglage de pression, et celle du réseau, dont les pertes augmentent avec le carré du débit. Changer le réglage déplace la courbe du ventilateur, donc le débit obtenu.

Courbes indicatives d’un gainable réglé sur 40, 80 ou 150 pascals et courbe d’un réseau de 74 pascals à 1 740 mètres cubes par heure : environ 1 500, 1 780 et 2 180 mètres cubes par heure. 050100150200 05001 0001 5002 000 Débit d’air (m³/h) Pression (Pa) 1 2 3 Réglage 150 PaRéglage 80 PaRéglage 40 Pa (nominal)Réseau
Courbes indicatives d’un gainable de 1 740 m³/h avec un réseau de 74 Pa. ① Réglage nominal 40 Pa : environ 1 500 m³/h, débit insuffisant. ② Réglage 80 Pa : environ 1 780 m³/h, débit nominal atteint. ③ Réglage maximal 150 Pa : environ 2 180 m³/h, débit et bruit excessifs. Les courbes réelles figurent dans le manuel du gainable.

Pression trop faible

Le débit baisse : puissance réduite, pièces éloignées mal servies, risque de givrage de la batterie en froid et de mise en sécurité haute pression en chaud.

Pression juste

Réglée juste au-dessus des pertes calculées, elle donne le débit nominal : puissance du catalogue, confort et silence.

Pression trop forte

Trop d’air : bruit et sifflements aux bouches, courants d’air, consommation du ventilateur et risque d’entraîner des gouttelettes de condensats.

En pratique : sur la plupart des gainables à pression réglable, la pression statique se règle à la mise en service depuis la télécommande filaire, selon le manuel d’installation. On retient la valeur réglable immédiatement supérieure aux pertes calculées, sans marge excessive. Certains modèles proposent aussi un réglage automatique du débit d’air.

6Bien concevoir le réseau de gaines

  • Des gaines courtes : placez le gainable au plus près des pièces desservies et de la reprise.
  • Une vitesse limitée : 4 m/s au plus en gaine souple et 5 m/s en conduit rigide, moins encore pour les chambres si le silence compte (environ 290 m³/h en Ø160 et 450 m³/h en Ø200).
  • Des gaines souples tendues, coupées à la bonne longueur, sans écrasement, avec des rayons de courbure larges ; isolées pour éviter la condensation en climatisation.
  • Une reprise largement dimensionnée : une grande grille avec filtre perd peu ; une grille trop petite ou un filtre encrassé font chuter le débit.
  • Un réglage à la mise en service : réglez la pression statique, équilibrez les bouches avec les registres, puis contrôlez le débit et le bruit pièce par pièce.
Entretien : un filtre de reprise encrassé ajoute vite 20 à 50 Pa de pertes. Nettoyez-le régulièrement, sans quoi le débit baisse comme si le réseau avait été mal dimensionné.

7Questions fréquentes

Qu’est-ce que la pression statique disponible d’un gainable ?

C’est la pression que le ventilateur du gainable fournit au réseau raccordé, à son débit nominal, une fois ses propres pertes internes déduites. Elle s’exprime en pascals (Pa) et doit couvrir les pertes de charge du soufflage et de la reprise.

Comment calculer les pertes de charge d’un réseau de gaines ?

On additionne, le long du chemin le plus défavorable, les pertes linéaires des gaines (selon le diamètre, la vitesse et la longueur), les pertes des coudes et piquages, celles du plénum, de la bouche, de la grille et du filtre de reprise. Les bouches étant en parallèle, seule la plus résistante compte.

Que se passe-t-il si la pression statique est mal réglée ?

Trop faible, le débit chute : moins de puissance, pièces éloignées mal chauffées ou mal climatisées, risque de givrage ou de mise en sécurité. Trop forte, le débit est excessif : bruit aux bouches, courants d’air et surconsommation du ventilateur.

Quel diamètre de gaine pour une bouche de soufflage ?

Pour rester sous 4 m/s en gaine souple : jusqu’à environ 290 m³/h en Ø160, 450 m³/h en Ø200 et 700 m³/h en Ø250. Le calculateur ci-dessus propose ces diamètres avec le bouton « Diamètres conseillés ».

Une gaine souple est-elle moins performante qu’un conduit rigide ?

Oui : à diamètre égal, elle perd de 30 % à plus de deux fois plus de pression selon la qualité de pose. Elle reste adaptée aux petites longueurs et aux raccordements des bouches, à condition d’être bien tendue.

À retenir

  • La pression statique disponible doit couvrir le soufflage le plus défavorable plus la reprise la plus défavorable.
  • Les pertes de charge varient comme le carré du débit : le diamètre des gaines est décisif.
  • 4 m/s au plus en gaine souple, 5 m/s en conduit rigide.
  • Réglez la pression du gainable juste au-dessus des pertes calculées, puis équilibrez les bouches.

Pour aller plus loin